dimanche 26 janvier 2014

Le nombril d'un mec (velu ou pas) cache un enfer et un royaume




Comme on pourra le vérifier vendredi 31 sur Arte, 22h20, le ventre est notre deuxième cerveau. Il "influence notre personnalité et nos choix, nous rend timides ou téméraires". Parmi les bouquins que je suis en train de lire, il y a Philosophy in the Dungeon, The Magic of Sex and Spirit de Jack Rinella. Citation: (p. 134): "La manière dont je me considère; les capacités, talents et possibilités que je perçois dans ma vie affectent directement ce que je fais, les risques que je suis prêt à prendre, et comment je vis." Tout cela nous vient des tripes, juste sous le nombril.




Si j'évoque des notions comme tripes, courage, risques, peur au ventre, (in)décision, secret, fermeture, ouverture, des termes comme gay, placard et sortie du... nous viennent de suite à l'esprit. Les gars qui réalisent quelque chose de positif dans leur vie, selon Jack Rinella, ne se laissent pas démonter par leurs échecs; ils sont persuadés que l'analyse des défaites conduit au succès. Alors que d'autres évitent les risques parce qu'on leur a toujours dit qu'ils étaient des incapables. Et la plupart d'entre nous avons été dressés à mener une existence calquée sur les attentes de la société.

Page 136: "Mes parents m'ont élevé pour que je devienne un bon catholique, hétérosexuel, un membre respectable de la société américaine. Alors que j'essayais de me plier à leurs aspirations, je découvrais peu à peu que j'aurais voulu vivre autrement. Durant une trentaine d'années [...] j'ai bien réussi à l'école, ai fréquenté l'église [...] et imaginé que de suivre leur modèle me rendrait heureux. Lorsque la lutte pour me conformer m'a quasiment terrassé, j'ai enfin compris que je serais plus heureux en suivant un autre chemin."




Il a dû se débarrasser de l'image négative qu'il avait de lui-même. La transition a été douloureuse et longue. Divorcé, séparé de ses enfants, rejeté par ses parents à cause de son coming out, sans compagnon, en plein marasme financier, incapable de répondre aux exigences de son patron... Il lui a fallu du temps pour se reconstruire. Il a traversé une longue dépression et a essayé, en thérapie, de voir où il s'était trompé. "Aujourd'hui, (page 133) je regarde ces années comme un temps de transition nécessaire, indispensable, semblable à une grave opération chirurgicale qui aurait transformé ma vie..." Ohé les mecs! prêtez attention à votre deuxième cerveau. Il se situe sous votre nombril.

André

1 commentaire:

Régis a dit…

"Je suis parti en courant, tout à coup. Juste le temps d'entendre ma mère dire Qu'est-ce qui fait le débile là ? Je ne voulais pas rester à leur côté, je refusais de partager ce moment avec eux. J'étais déjà loin, je n'appartenais plus à leur monde désormais, la lettre le disait. Je suis allé dans les champs et j'ai marché une bonne partie de la nuit, la fraîcheur du Nord, les chemins de terre, l'odeur de colza, très forte à ce moment de l'année. Toute la nuit fut consacrée à l'élaboration de ma nouvelle vie loin d'ici". En vérité, l'insurrection contre mes parents, contre la pauvreté, contre ma classe sociale, son racisme, sa violence, ses habitudes, n'a été que seconde. Car avant de m'insurger contre le monde de mon enfance, c'est le monde de mon enfance qui s'est insurgé contre moi. Très vite j'ai été pour ma famille et les autres une source de honte, et même de dégoût. Je n'ai pas eu d'autre choix que de prendre la fuite."
Je vous mets cette citation de "En finir avec Eddy Bellegueule" d'Edouard Louis, que je viens de dévorer avec émotion cette nuit. C'est le livre époustouflant d'un jeune homme qui s'en est tiré plus tôt que le Jack Rinella dont vous parlez, ou que moi qui ai attendu la trentaine pour larguer les amarres.
Je souhaite aux jeunes gays en difficulté avec leur entourage d'être aussi lucides et courageux qu'Edouard Louis.