mardi 28 octobre 2014

Pères et fils dans les bras l'un de l'autre -- est-ce possible ?




Les portraits de père et fils ci-dessus ont été captés par Grégoire Korganow en 2011. Oui, nous nous demandons tous à quoi ressemble aujourd'hui une relation idéale entre un géniteur et son rejeton mâle. À quel âge le petit mec se distancie-t-il pour manifester son indépendance, à quel âge le fils mature peut, miraculeusement, devenir le confident de son père, et plus tard inverser les rôles en devenant son protecteur.




Père et fils ci-dessus ne craignent pas le compagnonnage à poil et enregistrent les modifications de leurs deux corps au fil des années. Il est sain pour un garçon de connaître de visu et au plus intime ce que deviendra son corps d'adulte. Et de pouvoir poser les questions qui traversent son esprit



Peau contre peau -- cette marque d'affection si naturelle et enrichissante -- est me semble-t-il encore rare une fois le fiston sorti de la petite enfance. L'attention accordée depuis une quinzaine d'années à l'homosexualité, à la pédophilie et la pédérastie, ainsi qu'à l'inceste a certainement freiné ces démonstrations entre proches parents. Les hommes se sentent de nouveau obligés de prouver une virilité sans tache. La "part féminine" qu'on nous demande de développer, cette épice qui rehausse le masculin, est mise à mal par des courants contraires. Au travail, on demande aux mecs d'être "agressifs", alors que le mot combatif conviendrait mieux. On continue à vénérer les valeurs guerrières qui, pourtant, détruisent la planète, esquintent les humains et entraînent tant de dépenses (pensez aux impôts, aux assurances contre tous les périls, aux mesures de sécurité). Cela au nom de cette sacrée testostérone qui s'épuise dans le stress au lieu d'alimenter le plaisir.



Un Scandinave, rencontré il y a bien longtemps au Chili, m'avait raconté les discussions auxquelles il participait durant l'adolescence avec père, grand-père, oncles et cousins. Durant les beaux jours, la famille se retrouvait au bord d'un lac. Les femmes organisaient des sorties à bicyclette entre elles et les hommes allaient nager puis suer au sauna. Suivant l'inspiration, ils parlaient de sport, de livres, de sexe ou d'amour. Plus jeune du groupe, mon interlocuteur ne sentait néanmoins aucune limite dans la conversation grâce à la nudité, cette grande égalitariste. "J'avais envie de devenir aussi solide qu'eux, à l'aise dans la vie. Et quand un cousin parlait de sa petite copine, y compris de leur intimité, le grand-père s'exclamait 'Oh, redevenir jeune homme!' Quelqu'un donnait un conseil. Je voyais bander les cousins, parfois mon père. Et moi, cela me confirmait que je ne serais jamais attiré par les femmes."

André


Sascha Schneider, Werdende Kraft, 1904.

4 commentaires:

Philippe a dit…

Voilà un sujet que tu as déjà abordé plusieurs fois, André... si je ne me trompe.
Preuve ou signe de son immense complexité, sans doute.
Tout à tour, j'ai été (ou suis encore) les deux: fils et père...
Et j'arrive très difficilement à me détacher de la très pénible et douloureuse impression d'avoir vraiment tout raté dans les deux rôles...
...et curieusement, ce n'est pas quand je lis tes dernières pages que ce sentiment me poignarde le plus...

André a dit…

Tu ne te trompes pas Philippe: le thème pères-fils continue à être le plus lu depuis que Case des hommes existe, il dépasse le succès des couilles pendantes!

Je crois que beaucoup d'hommes partagent ta souffrance, en tant que fils certainement, en tant que pères aussi, ou en n'ayant pas pu le devenir...

On peut prendre soin de la blessure, l'aider à cicatriser. Elle reste présente, certes, mais apaisée. On fait la paix avec le père (ou le fils) qui n'a pas su, parce que pas pu être idéal.

C'est d'autant plus difficile de le devenir lorsqu'on n'a pas eu de modèle adéquat.

Cesse de te tourmenter, Philippe, et vis!

hugo a dit…

Un père es le 1er homme que l'on aime. C est en quelques sorte l'homme de notre vie.
Très belle photos .

xaber a dit…

Une nouvelle fois un bel article sur la thématique pères-fils. J'ai particulièrement aimé la dernière phrase qui pousse à la réflexion : "Je voyais bander les cousins, parfois mon père. Et moi, cela me confirmait que je ne serais jamais attiré par les femmes."