mardi 16 février 2016

La maison de retraite, est-ce l'entrée aux enfers pour les gays ?





La semaine dernière, j'ai plongé dans une mélasse noire. Jugez plutôt: 1) assisté mercredi à un exposé pire que médiocre concernant l'accueil des LGBT en maison de retraite [voir plus bas]; 2) vu jeudi un reportage TV sur les maisons de retraite en Suisse et à Chiang Maï เชียงใหม่ (Thaïlande) [le choix entre la prison ou l'exil]; 3) vendredi, suivi une enquête de la TV allemande sur les erreurs médicales dans les hôpitaux. ["Toi qui entre ici abandonne toute espérance", écrivait Dante à l'entrée des enfers.] De plus, la mort le 7 février du grand journaliste et écrivain allemand Roger Willemsen me laisse sans voix. Je considérais cet homme enthousiaste, curieux et inclassable comme un modèle, un frère. Il est mort d'un cancer à l'âge de 60 ans.




Hier, j'ai pu constater durant le cours de yoga que mon esprit et mon corps d'octogénaire fonctionnent encore de manière cohérente entre eux. Je suis vieux, reconnaissant et heureux de me trouver en bonne forme. Donc je ne vais pas me flinguer. Et mon "esprit allié" (que d'autres qualifieraient d'ange gardien) -- que je consulte régulièrement par canalisation [channeling] -- m'a déclaré: "Ne te fais pas de souci au sujet de la dernière période de ta vie, nous te fournirons la solution en temps voulu. Et du temps, tu en as encore suffisamment devant toi."



Mercredi dernier, donc, au local de Vogay (association GBT vaudoise), une représentante de la Haute école de santé d'un canton voisin a présenté un travail de bachelor intitulé "Les personnes âgées homosexuelles en institution: une question taboue?" On se croirait dans les années 1970... Le canevas: elle a modélisé un patient "Raoul", 82 ans, et énuméré les périodes qu'il a traversées afin d'identifier son traitement institutionnel! Années 1930, le nazisme, les camps de concentration, les fours. 1942: décriminalisation de l'homosexualité en Suisse. Et la suite plan-plan jusqu'en 1992 où l'homosexualité a été retirée de la classification des maladies mentales de l'OMS [miracle: je suis guéri!]. Puis le point d'orgue du mariage pour tous. Elle a passé sous silence l'ère du sida qui a bouleversé le cours de nos vies -- celles des victimes, des survivants, des soignants et des amants (souvent compagnons-soignants). Apparemment, l'oratrice n'a rencontré aucun pédé de ma génération, ne s'est pas penchée sur les enquêtes de santé menées régulièrement dans les milieux universitaires et LGBT, ni confrontée à l'expérience des groupes de soutien.

Est-ce cette pâtée qui va servir de canevas pour l'enseignement psychogériatrique en Haute école? Après l'exposé, des membres de Vogay ont rapporté combien les seniors en maison de retraite étaient sensibles 1) aux questions stupides ou indiscrètes que leur posait le personnel, 2) au flirt insistant des vieilles pensionnaires en manque de mâles, 3) à la méconnaissance de la situation des gars vivant avec le VIH ou le sida, 4) à la gène qu'entraînent pour certains les soins d'hygiène intime prodigués par des femmes, 5) au manque d'intimité sexuelle et, pardessus tout, à la solitude.



Des thèmes que nous devons absolument creuser avec des responsables d'établissements médico-sociaux spécialisés en soins de l'âge avancé. Au boulot, les mecs! Le travail d'information et de transmission que vous accomplirez sera également utile à d'autres minorités. Ma génération l'a fait pour le sida et a changé la perception de la société face à ce fléau qui touchait beaucoup plus d'hétéros que de gays à travers le monde.

André



8 commentaires:

Anonyme a dit…

Le problème est que les personnes lgbt se sentent bien dans leur peau quand elles arrivent à mettre de la distance entre eux et les lgbtphobies. Arriver à ce stade consomme beaucoup d'années que les hétérosexuels passent, eux, à s'amuser.
Les partis politiques français de gauche et de droite refusent de lutter contre les lgbtphobies et les personnes de la communauté lgbt ne peuvent donc pas être totalement heureuses, y compris dans des maisons de retraites homophobes.
Les hommes et femmes politiques qui ont un accès facile aux médias sont aussi lâches puisqu'ils ne renvoient pas l’ascenseur

Anonyme a dit…

La série télé britannique Vicious est une rare série qui montre la vie d'un couple d'hommes homosexuels vivant ensemble depuis 48 ans, mais en proie à une relation piquante d’amour-haine.
La série a pour acteurs principaux Ian McKellen et Derek Jacobi, qui jouent respectivement Freddie et Stuart.

Ian McKellen, malgré une carrière plutôt éclectique, est surtout connu du grand public pour le rôle de Gandalf dans les trilogies Le Seigneur des anneaux et Le Hobbit de Peter Jackson, ainsi que pour celui de Magnéto dans les films X-men.
Iwan Rheon, le jeune voisin hétéro,est connu pour le rôle de Simon dans la série Misfits et de Ramsay Bolton dans Game of Thrones.

Il y a peu de séries et films lgbt qui traitent le couple lgbt très âgé

Xersex a dit…

c'est evident que ta sagesse t'a sauvé, a sauvé ton ame et ton corps!

Philippe du Nvd a dit…

Durant mes études, pour me faire un peu de thune, j'ai eu l'occasion de travailler dans un Etablissement médico-social comme aide soignant pendant une année...
Et d'être chargé de la toilette de Messieurs... vieux ou moins vieux !...
Je peux donc certifier que la vieillesse ou des séquelles de maladie ou d'accidents, n'affectent en rien le besoin d'être touché, massé... caressé... Ni les manifestations physiques involontaires... et parfois gênantes de ce désir de vivre...
A 20 ans, on ne sait pas trop comment agir (ou réagir...) dans ces situations. Je crois avoir "choisi", à l'époque, de m'en tenir à une distance respectueusement amicale... Mais une distance, quand même !

Par ailleurs... je me souviens avoir déjà parlé dans ces pages de cet ami, gay assumé, et soignant dans un EMS qui se laissait toucher les fesses par un de ses patients pendant qu'il devait, chaque matin, lui prodiguer des soins très douloureux...
C'était il y a 4 ou 5 ans et plusieurs de ses collègues (femmes !) étaient au courant... Pas la direction !

A votre avis, commettait-il, là, une faute professionnelle ?...

André a dit…

Philippe, merci de ton témoignage!

Hélas, certaines personnes jugent que la compassion est une faute professionnelle...

badinguet a dit…

la maison de retraite, c'est l'entrée aux enfers pour tout le monde, gays ou pas ! c'est l'anti-chambre de la mort !mon père, 93 ans vient d'entrer en maison de retraite médicalisée, vu son état, impossible de se lever seul,ni de rien faire. il a le double travail pour admettre qu'il n'est plus indépendant, et plus chez lui. notre fin de vie sera surement pénible, cela ne peut guère ètre pire, parce que homo !

franck devenes a dit…

je trouve sa discriminatoire, tu as raison de poser la question André, car pour moi chacun a le droit au respect surtout les personnes gay, car une personne qui rentre dans un home, c'est pas marqué sur son front qu'il sois gay, bi, ou hétéro, et si il pose la question a la personnes, je trouve sa très homophobe

gérard a dit…

Entièrement d'accord avec "Badinguet" : c'est l'enfer pour tout le monde. Le renoncement à la vie et.... l'attente... tous les jours. L'humiliation de se faire laver les parties intimes par des jeunes femmes, (peut-être serait-ce encore plus pénible par de jeunes hommes ?) l'humiliation de faire sous soi, et cette attente... ces souvenirs qui surement sautent à la figure un peu plus chaque jour. Sujet pas très gai, (y?) André. Un grand merci à toi pour tous ces dossiers que tu montes avec tant de talent, merci à tous ceux qui commentent et que je lis régulièrement (pour ne citer que les 2 Philippe)