dimanche 7 février 2016

Lutte à poil : piger la différence entre combativité et agressivité



Je regrette de ne pas avoir appris à lutter dans ma jeunesse (mais avec une coquille de protection), alors que j'étais chétif, conscient de ma marginalité et chrétiennement éduqué à tendre l'autre joue. Cela m'aurait donné un peu plus de confiance en moi et enseigné la différence cruciale entre combativité et agressivité. J'aurais appris que j'avais droit à me conduire virilement et encouragé à acquérir les signes extérieurs de la masculinité tels que les imagine notre société. Je n'en aurais rien perdu de ma conscience intérieure, ni de la reconnaissance de ma nature profonde, plus intéressée par les capacités de l'animus et l'anima -- deux éléments fondamentaux de notre psyché. Les bourrins qui consacrent leur vie à faire du fric, du muscle ou se la jouer pieuse auraient perçu qu'il était inutile, voire dangereux, de manifester leur homophobie à mon encontre.




Un muscle dont on parle peu, parce qu'il n'est pas visible, joue un rôle important dans la lutte. J'apprends à le connaître et l'exercer consciemment dans les cours de yoga que je fréquente chaque semaine. C'est le psoas qui relie la colonne vertébrale au haut du fémur. Il est impliqué dans nos mouvements, notamment la marche, comme aussi dans nos réactions émotionnelles. Je résume: il réagit aux informations qu'il reçoit de notre cerveau reptilien et commande notre réflexe de lutte ou de fuite. Il renferme nos angoisses, nos craintes, nos colères, nos joies, les impulsions positives qui nous poussent à foncer. Le yoga, la méditation de pleine conscience, la détente, le massage et la clarté d'esprit nous permettent de détendre le psoas. Et le combat loyal (pas l'agression) à mains nues (sans gants de boxe pour écraser le partenaire) nous donne l'occasion de l'exercer positivement.

L'instinct de lutte est présent chez chacun d'entre nous. Certains en font mauvais usage, parce qu'ils sont remplis de colère, d'envie, de négativité. D'autres, comme moi à l'époque, n'osent pas passer à l'action parce qu'on ne les y a pas encouragés. Pourtant, la lutte à la loyale, en amateur, menée de manière contrôlée, permet de progresser et de se dépasser. Si je me trouve face à un partenaire plus avancé, il n'y a pas de gêne à me faire dépasser. L'important, c'est de pouvoir mesurer mes progrès en matière de courage, d'intuition et d'inventivité. Si mon coeur de mec est ouvert, je sens la vie pulser en moi. Et le contact avec le corps des lutteurs enrichit ma connaissance des hommes, ma sensibilité tactile et mon intuition.



La lutte, comme d'autres disciplines telles que le yoga, nous enseigne à faire confiance aux intuitions qui nous parviennent sur les chemins du monde. Ces intuitions nous entraînent à mieux percevoir les impressions qui se font sentir au fonds des tripes ou nous font dresser les poils tant elles sont étonnantes. Pulsions du corps et de l'âme, elles nous conduisent plus loin que nous ne l'imaginerions possible. Elle génèrent une convergence d'événements et d'énergies propres à changer la vie.

André

Pour le sport ou pour l'allure?

À l'époque, un spectacle clandestin.

William Bouguereau.
Les Grecs de l'Antiquité pratiquaient la lutte à poil devant des supporters mâles. Aujourd'hui, ce que public mixte des compétions en combinaison apprécie le plus dépend de chacune et chacun... Au siècle dernier, on pouvait assister à des combats clandestins de lutte ou de boxe truqués ou non, sans règles, sans coquilles protectrices; des gars allumés ou désespérés, en manque de fric, luttaient jusqu'à l'épuisement total; des bookmakers maffieux prenaient les paris. La peinture académique de William Bouguereau représente Dante et Virgile en enfer -- anthropophagie ou orgasme? Quant aux acteurs de porno engagés par NakedKombat.com, ils luttent devant un public averti: chaque manche se termine par l'emmanchement du perdant.





L'entraînement de la combativité nourrit la virilité, la santé, la créativité.

1 commentaire:

Philippe du Nvd a dit…

Toujours aucun commentaire (à cette heure !...) sur une page aussi évocatrice ?!...
Vous êtes où les mecs ?...

Et où es-tu aujourd'hui, toi G. (nom connu de la rédaction), le bel Italien qui avait entrepris de m'enseigner la lutte "comme on se battait dans ton pays"... pour que je puisse moi aussi, mince adolescent de 14-15 ans, me défendre en cas de nécessité ???...
Je me souviens de chacune de tes leçons et de cette émotion que nous devions ressentir tous les deux... à ce qu'il me semble.
Et je me souviens de cette promesse que je devais te faire, à chaque fois: ne rien dire à mon père, ton patron !

Aux hôtes de la "Case des Hommes", je crois avoir déjà parlé un peu de cette histoire...
Mais toi, si tu me lis aujourd'hui, je peux te jurer avoir toujours tenu les promesses que je t'ai faites.