samedi 5 mars 2016

Perversion et corruption à tous les étages dans la maison de Dieu


Deux huiles du célèbre caricaturiste...

...autrichien Gerhard Haderer.
Le film aux deux Oscars Spotlight porte bien son titre qui signifie diriger le projecteur sur un coin sombre. Nous connaissons depuis longtemps les scandales de pédophilie et de pédérastie qui entachent l'Église catholique romaine. Ce que Spotlight met en lumière c'est 1) comment ils ont pu se produire, 2) quelles stratégies la hiérarchie des hommes de Dieu a mis en oeuvre depuis des siècles pour les cacher ou les minimiser, 3) mais aussi plus combien le peuple des croyants -- et ses élus politiques -- est coresponsable de l'anéantissement de millions de jeunes vies à travers le monde, celles de filles et de garçons.

Haderer expose actuellement au Musée de la caricature de Krems. Ici: Le Messie au Vatican.
Un viol perpétré par un inconnu, c'est terrible. Mais lorsque celui qui le commet est un serviteur de Dieu, un homme en qui vous avez confiance -- tout votre système de croyance -- l'équilibre entre le bien et le mal -- est détruit. Les actes qu'il vous oblige à commettre ou subir vous dégoûtent, vous blessent physiquement et moralement, laissant des marques indélébiles et souvent inguérissables. Il faut préciser que les prêtres choisissent leurs victimes parmi les enfants de familles en difficulté, de milieux pauvres, de jeunes confiés à des institutions qui devraient les aider à se reconstruire. Dans de nombreux cas, le viol se répète et le jeune homme, la jeune fille cherchera refuge dans la drogue.



Du côté des ecclésiastiques -- tant les acteurs que les complices -- les sourires mielleux et la hiérarchie autoritaire couvrent cette perversion institutionnalisée. Ces gens se sont persuadés qu'ils accomplissent une mission divine sur terre et que rien ne peut la corrompre. Après tout, ils aident ces enfants défavorisés à prendre connaissance des pulsions de leur corps. Leur intention d'adulte est pédagogique... Et lorsque les ados qu'ils ont terrorisés tentent de se plaindre auprès de la hiérarchie ou de la justice, on déplace le pervers dans une autre paroisse où il poursuivra ses activités prédatrices.Quant au scandale, il est étouffé par l'évêque -- et même par le Vatican s'il le faut -- avec la complicité de la justice et des politiciens appartenant à la grande famille catholique.


Le film montre comment le quotidien The Boston Globe -- qui avait caché la corruption de l'Église lorsqu'il aurait pu enquêter sur les premières plaintes de victimes devenues adultes -- se lance enfin, au début des années 2000, dans une chasse aux secrets les mieux gardés et aux documents de justice envolés. Cela vous hérisse le poil et fera date dans l'histoire des abus aux États-Unis. On découvre comment toute une grande ville est complice d'actes répugnants commis sur des centaines et des centaines d'enfants.

Le père Lawrence Murphy a violé...

...plus de 200 garçons dans une institution pour sourds et muets.
Et cela continue. Le rapport d'un grand jury rendu public mardi dernier met en évidence que deux évêques ont aidé à dissimuler les abus sexuels perpétrés par 50 prêtres et responsables religieux sur des centaines d'enfants durant quatre décennies en Pennsylvanie. Basé lui aussi sur des archives secrètes, il apporte des preuves confondantes selon lesquelles ces évêques (qui ont dirigé le diocèse de Altoona-Johnstown entre le milieu des années 1960 et 2011) ont eu connaissance de multiples allégations d'abus et sont intervenus pour empêcher la police et les enquêteurs d'arrêter les prêtres criminels. Leur complicité maffieuse a mis en danger des milliers de jeunes victimes et a permis aux prédateurs de continuer à violer d'autres enfants, dans les lieux mêmes -- églises, écoles, institutions -- où ils auraient dû être en sécurité. Néanmoins, aucune poursuite pénale ne peut être engagée car les faits sont trop anciens, les prêtres abuseurs présumés sont décédés, ou les victimes sont trop traumatisées pour témoigner.

Il se prenait pour la reine d'Angleterre...

...et moi j'étais son prince qu'on sort!
Entre 5.700 et 10.000 prêtres catholiques ont été accusés d'agressions sexuelles aux États-Unis jusqu'à maintenant. Seuls quelques centaines d'entre eux ont été jugés et condamnés... Revenons à Spotlight: le film montre combien ces révélations sont douloureuses pour les croyants qui, même s'ils ont abandonné leur pratique régulière, sont attachés à leur Église et avaient imaginé qu'un jour, peut-être, ils retrouveraient la foi de leur enfance... Dans un prochain billet, je raconterai ce qui se passait dans une institution catholique suisse, où étaient placés des enfants abandonnés, et dans la forêt bolivienne où vivaient des missionnaires protestants et leurs enfants -- parmi lesquels des Suisses -- abusés par des missionnaires américains qui allaient jusqu'à les entailler pour récolter leur sang.

André

Nommé en 1981 (par le pape Jean-Paul II) préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi (anciennement La Sainte Inquisition), le cardinal Radzinger était au fait des crimes sexuels commis par les ecclésiastiques depuis les années 1860! Il a préféré sauver l'image de l'Église plutôt que son honnêteté. La Sainte Inquisition, l'iconographie sado-maso du christianisme: tout conduit les religieux à ignorer les sévices dont souffrent les enfants confiés à leurs institutions.

3 commentaires:

badinguet a dit…

très bon article documentaire, merci !

Xersex a dit…

Je ne crois neammoins à l'existence historique de Jésus-Christ, encore moins crois en l'Église!

franck devenes a dit…

C est affreux de s en prendre aux âmes innocente aa donne de moins en moins envie d aller à l église