jeudi 27 octobre 2016

Amoureux d'elle ou de lui... Pourquoi les autres s'en mêlent-ils ?




Les gens qui ont peu voyagé dans leur tête ou leurs jambes, qui ont oublié qu'au milieu du siècle dernier l'Europe et l'Extrême-Orient étaient le théâtre de combats sanglants -- et de nombreux génocides -- ces gens perdent la raison face aux événements actuels au Moyen-Orient, ainsi qu'aux attentats qui endeuillent quelques villes en Occident et aux migrations provoquées par les guerres et la faim dans le monde. Comment considérer ces faits lucidement ? Comment évaluer les progrès (ou pas) que notre société a accomplis depuis la fin de la deuxième Guerre mondiale, également dans le domaine qui nous concerne, nous les LGBTQI ? J'y songeais en écoutant le discours qu'a prononcé l'autre jour Carolin Emcke, récipiendaire du Prix de la Paix décerné chaque automne par les éditeurs et libraires allemands durant la Foire du Livre de Francfort.

<< LGBT, ce n'est pas une orientation qu'on choisit. Mais si j'avais le choix aujourd'hui, je ne changerais pas. Non parce que c'est le meilleur, mais parce que cela m'a rendue heureuse. >>



Carolin Emcke est connue en Allemagne comme écrivaine et journaliste. Elle a étudié l'économie et la philosophie dans son pays, en Grande-Bretagne et aux États-Unis. Au coeur de son récent discours, questionnant l'appartenance (par exemple, si j'ai la foi, est-ce que j'appartiens à ma religion ou est-ce qu'elle m'appartient ?), elle a abordé un exemple très personnel devant le gratin politique et artistique rassemblé à la Pauluskirche, l'église Saint-Paul de Francfort. "Je suis homosexuelle, et si je parle ici aujourd'hui, cela ne peut être qu'en tenant compte de mon expérience. Pas seulement bien sûr, mais quand même comme une personne pour qui cela ne pose aucun problème d'être homo, lesbienne, bisexuel/le, intersexuel/le, trans ou queer."



<< Constater qu'un événement aussi personnel puisse prendre une telle importance pour d'autres gens que vous est renversant ! Ils en viennent à contester vos droits et nier la dignité de vos choix ! >>



"Ce n'est pas une orientation qu'on choisit, a poursuivi Carolin Emcke. Mais si j'avais le choix aujourd'hui, je ne changerais pas. Non parce que c'est le meilleur, mais parce que cela m'a rendue heureuse. Pourtant, la première fois que je suis tombée amoureuse d'une femme, je n'imaginais pas que cela signifierait mon appartenance à un groupe. Je pensais que qui et comment j'aimais n'était qu'une question individuelle; une situation regardant ma propre vie, sans importance pour des inconnus ou même l'État. Aimer et désirer quelqu'un, cela me semblait concerner principalement un acte de ma part, pas une identité !"


"Constater qu'un événement aussi personnel puisse prendre une telle importance pour d'autres gens que vous est une expérience renversante. Et ils en viennent à revendiquer un pouvoir d'interférence dans votre vie, à contester vos droits et nier la dignité de vos choix ! Comme si notre façon d'aimer était plus significative pour autrui que pour nous, comme si notre amour et notre corps ne nous appartenaient pas, mais concernaient ceux qui voudraient les effacer ou les traiter de manifestations pathologiques. Cette attitude est assez ironique: on dirait que pour eux notre sexualité définirait moins notre appartenance à la race humaine que la leur. Et parfois il me semble que l'obsession des islamophobes au sujet du foulard y ressemble fort. Comme si le foulard avait une signification plus forte pour eux que pour celles qui ont choisi de le porter."


"Et voilà que se referme le cercle qui nous enclos, nous qui aimons un petit peu différemment qu'eux. Ou qui paraissons un peu étranges, par exemple à cause du foulard. À leurs yeux, nous appartenons uniquement à ce premier cercle, même si nous évoluons entre plusieurs autres groupes qui peuvent présenter encore plus d'intérêt que le cercle dans lequel ils nous enferment... C'est ainsi que ce qui  nous convient et nous rend heureux est intimement lié à ce qui nous blesse et nous fait souffrir. Car nous devons nous justifier jour après jour et expliquer que c'est vraiment et pleinement notre vie, comme si nous n'appartenions pas totalement à la race humaine."


Adaptation de l'extrait: André. Pour entendre le discours entier: http://www.deutschlandfunk.de/friedenspreis-des-deutschen-buchhandels-dankesrede-von.911.de.html?dram:article_id=369347

3 commentaires:

franck devenes a dit…

je préfère lui, par méchanceté et jalousie, je suis heureux d'être ce que je suis avec le changement en plus j'aime mieux la vie maintenant

Xersex a dit…

je suis gay 100% et j'en suis heureux, mais serais-je si heureux si avais été né dans les pays homophobes???

Anonyme a dit…

Si les parties politiques et les journalistes avaient fait leur boulot, les hétérosexuels se poseraient moins de question sur la communauté lgbt. Les hétérosexuels fantasment beaucoup sur la vie qu'ils supposent des personnes de la communauté lgbt.