mercredi 10 février 2016

Le début du Carnaval des mecs, chaque année au bord de l'océan


Aujourd'hui, il fera 22 degrés à la Playa del Inglés de la Grande Canarie. Chaque année, les festivités de l'ouverture du Carnaval rhénan (Cologne et Mayence) y sont organisées le 11 novembre à 11h11, en même temps qu'en Allemagne. Des milliers de gays viennent passer une ou deux semaines de vacances à cette époque et la zone nudiste mecs au bord de l'océan grouille de bonhommes à poil ou plus ou moins déguisés.





J'ai participé une fois au Carnaval de Cologne et c'était grandiose, étonnant, alcoolisé. Des défilés splendides, hommes en costumes d'époque chevauchant leurs chevaux, cliques de musiciens, chars humoristiques illustrant les derniers scandales politiques régionaux ou nationaux, distributions de bonbons et de fruits jetés à la foule. Neige au bord des rues, souillée par l'urine et les gobelets de vin chaud. Mecs affalés dans les saunas gays, cuvant leurs boissons, rattrapant le sommeil des nuits blanches et baisant quand même, mais à un rythme moins teuton qu'à leur habituel... Cette année, la fête à Cologne et ailleurs en Allemagne est gâchée par un vent tempétueux et le souvenir des violences de la Saint-Sylvestre.



J'ai aussi connu la bamboula du 11.11 à 11h11 de la Gran Canaria. À la minute exacte, les mecs débouchent leur bouteille de semi-seco et boivent à la santé de leurs amours de vacances. Des milliers, au coude-à-coude, au couilles-à-couilles. C'est miraculeux. Comme la traversée de la Mer rouge à sec ou la multiplication des pains. Quand on pense à la solitude que tant de LGBT ont connue ou connaissent encore -- vivre caché, ne pas se faire remarquer, craindre le pire -- et à cette fiesta au bord de l'Atlantique, quel contraste! Pouvoir côtoyer tous ces gars sans crainte, pas même les moqueries des femmes et hommes hétéros qui se joignent à la liesse, ni une intervention policière. Les flics présents et les employés de la Croix-Rouge veillent pacifiquement à notre sécurité afin de sauver les éméchés qui se jetteraient pas dans les vagues de l'océan.



Derrière la plage, il y a les dunes où les gars iront s'éparpiller en petites bandes, après les libations, pour se mettre à l'ombre alors que d'autres étendront leur serviette au bord de l'eau et iront nager pour pisser leur alcool. La vie libre. Libre de peurs, de fausse honte et de textile. Les gens qui passent le long de la plage pour aller se poser dans d'autres sections de cette merveille de la nature (qui s'étend sur plus de six kilomètres) jettent à peine un coup d'oeil sur cet étalage de couilles chauffées par le sable. Eux iront rejoindre une colonie de transats pour retraités, des copines et copains nudistes qui font du volley, un coin protégé des vagues où les enfants peuvent jouer au bord de l'eau, un salon de thé viennois en plein-air pour se taper de crémeuses forêts-noires. C'est la paix entre les genres, pas le monde hostile dans lequel je suis né. Comprenez-vous mon émotion?

André






dimanche 7 février 2016

Lutte à poil : piger la différence entre combativité et agressivité



Je regrette de ne pas avoir appris à lutter dans ma jeunesse (mais avec une coquille de protection), alors que j'étais chétif, conscient de ma marginalité et chrétiennement éduqué à tendre l'autre joue. Cela m'aurait donné un peu plus de confiance en moi et enseigné la différence cruciale entre combativité et agressivité. J'aurais appris que j'avais droit à me conduire virilement et encouragé à acquérir les signes extérieurs de la masculinité tels que les imagine notre société. Je n'en aurais rien perdu de ma conscience intérieure, ni de la reconnaissance de ma nature profonde, plus intéressée par les capacités de l'animus et l'anima -- deux éléments fondamentaux de notre psyché. Les bourrins qui consacrent leur vie à faire du fric, du muscle ou se la jouer pieuse auraient perçu qu'il était inutile, voire dangereux, de manifester leur homophobie à mon encontre.




Un muscle dont on parle peu, parce qu'il n'est pas visible, joue un rôle important dans la lutte. J'apprends à le connaître et l'exercer consciemment dans les cours de yoga que je fréquente chaque semaine. C'est le psoas qui relie la colonne vertébrale au haut du fémur. Il est impliqué dans nos mouvements, notamment la marche, comme aussi dans nos réactions émotionnelles. Je résume: il réagit aux informations qu'il reçoit de notre cerveau reptilien et commande notre réflexe de lutte ou de fuite. Il renferme nos angoisses, nos craintes, nos colères, nos joies, les impulsions positives qui nous poussent à foncer. Le yoga, la méditation de pleine conscience, la détente, le massage et la clarté d'esprit nous permettent de détendre le psoas. Et le combat loyal (pas l'agression) à mains nues (sans gants de boxe pour écraser le partenaire) nous donne l'occasion de l'exercer positivement.

L'instinct de lutte est présent chez chacun d'entre nous. Certains en font mauvais usage, parce qu'ils sont remplis de colère, d'envie, de négativité. D'autres, comme moi à l'époque, n'osent pas passer à l'action parce qu'on ne les y a pas encouragés. Pourtant, la lutte à la loyale, en amateur, menée de manière contrôlée, permet de progresser et de se dépasser. Si je me trouve face à un partenaire plus avancé, il n'y a pas de gêne à me faire dépasser. L'important, c'est de pouvoir mesurer mes progrès en matière de courage, d'intuition et d'inventivité. Si mon coeur de mec est ouvert, je sens la vie pulser en moi. Et le contact avec le corps des lutteurs enrichit ma connaissance des hommes, ma sensibilité tactile et mon intuition.



La lutte, comme d'autres disciplines telles que le yoga, nous enseigne à faire confiance aux intuitions qui nous parviennent sur les chemins du monde. Ces intuitions nous entraînent à mieux percevoir les impressions qui se font sentir au fonds des tripes ou nous font dresser les poils tant elles sont étonnantes. Pulsions du corps et de l'âme, elles nous conduisent plus loin que nous ne l'imaginerions possible. Elle génèrent une convergence d'événements et d'énergies propres à changer la vie.

André

Pour le sport ou pour l'allure?

À l'époque, un spectacle clandestin.

William Bouguereau.
Les Grecs de l'Antiquité pratiquaient la lutte à poil devant des supporters mâles. Aujourd'hui, ce que public mixte des compétions en combinaison apprécie le plus dépend de chacune et chacun... Au siècle dernier, on pouvait assister à des combats clandestins de lutte ou de boxe truqués ou non, sans règles, sans coquilles protectrices; des gars allumés ou désespérés, en manque de fric, luttaient jusqu'à l'épuisement total; des bookmakers maffieux prenaient les paris. La peinture académique de William Bouguereau représente Dante et Virgile en enfer -- anthropophagie ou orgasme? Quant aux acteurs de porno engagés par NakedKombat.com, ils luttent devant un public averti: chaque manche se termine par l'emmanchement du perdant.





L'entraînement de la combativité nourrit la virilité, la santé, la créativité.