lundi 25 juillet 2016

Comment un milliardaire gay et un strip-teaser soutiennent Trump



Elle se voit déjà First Lady.
Ainsi donc, le politicien le plus embarrassant pour son parti, très populaire auprès des électeurs blancs déboussolés, a été nommé candidat républicain à la présidence au cours du cirque électoral qui vient de se dérouler à Cleveland, Ohio (oh! aïe! oh!). Donald Trump -- le démagogue raciste, expert du faux et du n'importe quoi, sans programme politique cohérent -- sera-t-il élu président des États-Unis en novembre? Au cours de la convention, l'auditoire a répété plusieurs fois "Enfermez-la" au sujet de sa concurrente démocrate Hillary Clinton. Si je ne fais erreur, un orateur a même déclaré qu'il faudrait la mettre en face d'une ligne de tir et l'abattre pour trahison. Ambiance d'ultimate fighting championship.

Les outrances verbales, les contrevérités, le discours raciste anti-noirs et anti-immigrants de Trump a trouvé un écho délirant auprès de son vaste auditoire qu'il caressait dans le sens du poil du haut de son estrade à Cleveland. Pourquoi? Parce que ces Américains-là souffrent de déscolarisation, de salaires à la baisse et de griefs ruminés à l'infini. Pour des gens qui ne partagent pas ces malédictions et ne supporteraient pas de voir une campagne électorale transformée en spectacle de TV réalité, c'est très inquiétant.

Si je m'en réfère à Wikipedia, l'hystérie collective observée à Cleveland est classé sous le nom de psychose partagée dans les manuels de psychiatrie. On repère des folies partagées à deux, trois ou quatre dans les familles où l'un des membres délire. Quand le symptôme s'étend à un large groupe de personnes, la teneur des idées délirantes dépend de l'éducation et la culture des individus. Comment la contagion se produit-elle lorsque ces personnes se mettent à croire à des pseudo-informations, des trucs qu'elles n'iront pas vérifier? Le partage de croyances fausses est facile à développer parmi un auditoire chauffé à blanc. Je pense à ces photos, incompréhensibles pour moi, de foules faisant le salut hitlérien. Le Führer était tellement laid... comme Trump, du reste. Et pourtant, cela n'empêche pas les crises d'enthousiasme et d'adulation excessive dans un stade à Cleveland (oh! aïe! oh!).

Les grands pontes du parti avaient boudé la kermesse de Trump. Ils ont été remplacés par des oratrices et orateurs de pacotille. L'épouse et les rejetons du grand manitou ont lu sur les prompters des discours de piété matrimoniale et filiale qui leur avaient été préparés et ressemblaient étrangement à d'autres discours prononcés dans des circonstances semblables. On a aussi entendu un propriétaire de casino (domaine dans lequel Trump a essuyé de gros échecs). Une arnaqueuse qui vendait de fausses vitamines; une procureure générale qui a indûment favorisé le Donald; et Antonio Sabàto, stripteaseur vedette de la compagnie Chippendale's à Las Vegas. En bref, des personnalités qui vont rendre à l'Amérique sa grandeur d'antan.

Peter Thiel, milliardaire gay.

Antonio Sabàto, strip-teaseur.
Le plus provocateur des orateurs fut Peter Thiel, cofondateur de Paypal, investisseur dans Facebook, président d'un fonds de capital-risque et détenteur d'une fortune estimée à trois milliards de dollars. Le gars est un cocktail de théories cinglées, emphatiques ou réalistes. Par exemple que la liberté et la démocratie ne sont plus compatibles. Que la grandeur de l'Amérique a décliné lorsque les femmes ont acquis le droit de vote. Que le niveau d'incompétence du pays est inacceptable: les nouveaux avions de chasse ne peuvent pas voler lorsqu'il pleut, Ou: au lieu d'aller sur Mars, les USA ont envahi le Moyen-Orient.

Sabàto dans "Danse avec les stars".

À Cleveland, Peter Thiel a mentionné qu'il était gay. Pas mal devant un auditoire aussi homophobe! Et il a noté que, durant son adolescence, le grand débat concernait le danger que l'Union soviétique présentait, tandis que maintenant, c'est à qui peut utiliser quelle toilette. "Ces faux problèmes nous détournent de notre déclin économique, et personne dans la course à la Maison-Blanche ne s'y croche, à part Donald Trump."


L'orateur Antonio Sabàto s'est fait connaître en glissant ses couilles dans un slip de Calvin Klein. Puis il a fait danseur, acteur dans un feuilleton TV et dans une télé-réalité. Cette année, il a passé quelques mois en vedette dans la troupe Chippendale's de Las Vegas qui y est installée depuis 2002. (Une autre troupe circule à travers le monde sous le même nom.) Fils d'immigrants, un père né en Italie, une mère en Tchécoslovaquie, le bel Antonio a déclaré à Cleveland: "Je sais ce qu'est le socialisme!" Traduction: le danger communiste, celui que représentent Obama et Hillary Clinton qui "devraient être enfermés à Guantánamo". Il est d'accord avec Trump: "Il faut fermer nos frontières". Il a aussi publiquement proclamé sa foi en Jésus-Christ. À 44 ans, il espère (comme les autres) que le Donald lui offrira un poste à la Maison-Blanche.

André


Et si Trump était battu en novembre ?